mercredi 18 mars 2015

La Place de la Femme dans l'Eglise malienne I

par Maurice Sozié  Sogoba

La place de la femme dans la famille, dans la société retient l'opinion nationale et internationale ces dernières années. Nous aussi devons poser cette question: quelle est la place de la femme dans l'église malienne?

1.             Considérations générales.
Les femmes constituent plus de la moitié de la population mondiale. Il en est de même dans les communautés chrétiennes. La considération que l'on porte aux femmes varie d'une zone géographique à une autre. Certains même croient que la femme est un objet. Le problème de la femme est un problème culturel. Il n'est certainement pas possible de le codifié. Elle a fini par croire à son infériorité. Quelqu'un a dit:" on ne peut du jour au lendemain bouleverser le statut de la femme. Les femmes elles-mêmes ne le supporteraient pas: elles douteraient de leur identité" "mon peuple meurt faute de connaissance" dit la Bible. Quelle est notre responsabilité vis-à-vis des femmes?
Est-ce pour les piétiner ou les traiter d'égal à égal dans le ministère de Christ? Interrogeons la Bible.

2.           Assises vétérotestamentaire.
Les femmes comme les hommes ont occupé des responsabilités à différents niveaux. Le leadership de Myriam, soeur d'Aaron et de Moise est vu comme un cadeau à Israël (Mi 6:4). Déborah fut juge et prophétesse (Jug 4:5). Houlda, femme de Cahlloum a invité à la repentance le peuple d'Israël lorsqu'on a découvert le livre de la loi dans le temple (II Ch 34:2). Dieu a utilisé la reine Esther pour empêcher le génocide du peuple d'Israël.
Nous ne finirons pas de citer tous les cas. Le paradoxe est qu'en cette période, la femme était un objet dans la société juive. Elle a assumé sous l'autorité du père, du mari ou du parent le plus proche, les rôles domestiques et celui de mère. Hors de la famille, la femme est pratiquement inexistante. Mais pourquoi en ce moment Dieu a confié des responsabilités aux femmes? Ce n'est pas à l'être humain de contrarier la souveraineté de Dieu.

3.          Le leadership des femmes dans le NT
"Il est ressuscité" a dit Marie-Madeleine. Cette déclaration émane d'une femme. Elle a constaté, la première, le tombeau vide. C'est le plus grand événement que le monde chrétien a connu.
Bien avant, la femme samaritaine a reconnu le Christ (Jn 4:29). Si le ministère d'annoncer l'évangile se dit "évangéliste", je mettrai volontiers ces femmes parmi les premiers évangélistes. Le Seigneur lui-même a dit à Marie-Madeleine: "... mais va vers mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu" (Jn 20:17). Dans ce verset, le verbe est à l'impératif présent. (Porénou de Poreuomai). C'est un ordre à exécuter et immédiatement. Par contre, l'ordre donné aux disciples en Matthieu 28:19 est un participe présent "allant donc faites disciples toutes les nations." Partout où vous passerez, faites des disciples. Quelle conclusion pouvons-nous tirer? Le premier appel est plus emphase que le second. Les femmes et les hommes sont tous les envoyés du Seigneur. Il y a une égalité dans la mission entre hommes et femmes. Les saints qui ont cheminé quotidiennement avec Jésus étaient composés d'hommes et de femmes. Les seuls disciples à pleurer au pied de la croix, au moment crucial, étaient des femmes. 
Femmes maliennes, Christ vous envoie aujourd'hui comme il l'a fait pour Marie-Madeleine. Dans toutes nos églises, nos femmes devraient s'organiser pour prendre leur part dans l'évangélisation de ce pays. Evangéliser n'est pas seulement réservé aux hommes mais aussi aux femmes. Après l'ascension de Jésus Christ, les femmes ont-elles accompli leur mission dans l'église primitive?

4.          L'église primitive et les femmes.
1. Les diaconesses: ce sont les femmes remplissant des fonctions analogues à celles des diacres; ainsi Phoebé "servante" de l'église de Cenchrées (Rm 16:1). L'allusion de 1 Tim 3:11 se rapporte aux choix des diaconesses: " En l'an 100 après JC, il y avait déjà des diaconesses dans les églises de Bithynie, car Pline, dans sa célèbre lettre à l'empereur Trajan au sujet des chrétiens raconte qu'il a interrogé "deux vieilles femmes " de la communauté chrétienne, et qu'on les appelle "ministres", ministrae [1]".
La place des diaconesses est attendue dans nos assemblées Prisca, Tryphène, Tryphose ont soutenu l'apôtre Paul dans le service de l'église.
Dorcas et Lydie, Evodie et Syntiche, par leurs activités lucratives ont soutenu l'oeuvre de Dieu.
C'est un défi que nos soeurs maliennes doivent relever. Elles doivent faire plus que l'église primitive. Le mouvement des diaconesses est une structure et un pilier de l'église. Il est différent des organisations para-ecclésiastiques féminines à but émancipateur.
Peut être que les soeurs maliennes rencontreront des difficultés quant à leur plein épanouissement dans l'église. Nous l'avons déjà dit que chacun reçoit le Christ Jésus dans sa culture. Ceux qui n'ont pas bien digéré les Ecritures Saintes s'attachent encore aux interprétations culturelles qui font force de loi.
Quelle valeur spirituelle pourrait-on bien tirer en interdisant aux femmes de porter des chapeaux ? Quelqu'un a dit: "On peut tomber dans un légalisme chrétien qui est tout aussi réel et tout aussi mortel que l'était le légalisme juif. Quand l'apôtre parle de la tête qui doit être couverte ou découverte, suivant qu'il s'agit de l'homme ou de la femme, quand il entretient ses correspondants de la place que la femme doit garder, en s'abstenant d'usurper une autorité qui ne lui appartient pas, si vous prenez toutes ces choses comme de froides stipulations qui doivent être mises en pratique, Vous n'aboutirez qu'à un système formaliste qui ne pourra que végéter, et ne portera que des fruits étiolés".
C'est pourquoi l'apôtre Paul nous enseigne: "Il n'y a plus ni grec ni juif, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Christ Jésus (Gal 3:28).
Il y a certainement une tension entre ce texte et d'autres périscopes particulièrement dans les deux épîtres de Paul à Timothée.

5.            La trilogie Paul-Timothé-Ephèse.
Dans la plupart des cas, les déclarations pauliniennes qui semblent se contredire, je dis bien qui semblent, car quand on enlève un verset de son contexte on en fait un prétexte. Que se passe-t-il à Ephèse?
1. Ephèse. Le culte des divinités étaient en vogue. Les femmes pouvaient dans certains cultes jouer un rôle de prêtresses et "leaders". A Ephèse, le grand temple d'Artémis (Act 19:28) accueillait un nombre important de femmes prêtresses. La vénération pour cette divinité élevait d'une certaine façon le statut de la femme. C'est l'amorce d'une émancipation féminine.
Parallèlement, à l'église d'Ephèse, les faux docteurs ont semé le trouble dans la communauté. (1 Tim 4:1; 6.21; II Tim 1:15; 2:18; 3:5-7). L'apôtre Paul a maintenu Timothée en ce lieu pour corriger leurs erreurs et leurs abus. Généralement les femmes étaient acquises à la cause des hérésies
gnostiques et du judaïsme hétérodoxe. Ceux-ci étaient là dans l'église (1 Tim 1:4; 4:7; II Tim 4:4; etc). Les femmes qui avaient assimilé les faux enseignements ne donnaient plus l'occasion aux autres d'écouter le vrai enseignement. Elles étaient riches et puissantes et soutenaient les faux docteurs (1 Tim 6.3-10). La réaction de l'apôtre Paul ne se fait plus attendre.

Texte: 1 Tim 2:11-12
11 gunh. evn h`suci,a| manqane,tw evn pa,sh| u`potagh/|\
12  dida,skein de. gunaiki. ouvk evpitre,pw( ouvde. auvqentei/n avndro,j( avllV ei=nai evn h`suci,a|)

Traduction: v. 11 la femme en silence soit instruite en toute subordination; v. 12 d'enseigner de plus à la femme ne pas je permets ni de prendre autorité sur un homme, mais d'être en silence.
Ces deux versets forment un ensemble.
gunh. .... manqane,tw (femme ... soit instruite): la femme peut apprendre - une nouveauté. La fille accompagnait sa mère dans les activités culinaires, Seul le garçon avait droit à l'instruction. A 12 ans, ce dernier devrait être capable de lire la loi. C'était bar mitzva, l'enfant de la loi. Ne nous écartons pas de notre sujet; à savoir l'autorisation nouvelle donnée à la femme de pouvoir accéder à l'instruction.
evn h`suci,a|) .... u`potagh/|\ (en silence ... en subordination): En silence avec entière soumission. Paul dit aux femmes de la congrégation d'Ephèse: "attention, ne jouez pas le rôle de doctoresse, vous avez reçu un faux enseignement, écoutez mes hommes qui détiennent la vérité."
D'ailleurs, le silence dont il s'agit n'est pas une attitude naïve, mais plutôt paisible, néoervée et disciplinée. Si Paul voulait leur fermer la bouche, il utiliserait le terme de siga.w qui signifie demeurer silencieux, ne rien dire (Lc 18:39; 1 Cor 14:38).
Arrêtons-nous un peu sur le terme de subordination, soumission. Ailleurs, l'apôtre Paul recommande aux femmes d'être soumises à leur mari. Dans le cas présent cette soumission concerne les enseignants.

dida,skein: enseigner. Paul a utilisé ce terme au moins 15 fois. Ce terme a plusieurs sens.
Paul interdit aux femmes en situation d'apprentissage de propager de fausses doctrines. Pourquoi pas les hommes? Avec les femmes, les nouvelles font taches d'huile facilement. Ce sont des êtres à sensations.
Elles peuvent accéder à tous les milieux. Aussi lorsqu'elles sont bien formées, elles sont une véritable dynamique dans toute organisation.
Il est souhaitable que l'église malienne mette en marche le deuxième moteur de l'avion bimoteur. C'est à cela que l'on peut goûter aux délices du vol plané sans danger.

ouvde. auvqentei/n avndro,j (prendre autorité sur un homme): Paul interdit à la femme de se présenter et d'agir comme un être indépendant car le résultat de cette attitude est tromperie et mort. La femme doit avoir une attitude de respect et de confiance pour grandir dans la vérité. Ce n'est pas une attitude de commandement, de domination du mari. Dans ce cas, il aurait utilisé le terme de exousia.z.w qui veut dire: "tu n'as rien à dire, fais ce que je te dis". La notion de commander le mari n'apparaît pas ici. Ce n'est qu'une mise en garde contre les faux docteurs. C'est pourquoi le verset 13 commence par la particule gar / car qui débouche sur deux explications:
a) sens explicatif: comme Eve certaines femmes se sont laissées séduire;
b) sens causal: l'accent porte sur les conséquences graves et désastreuses du comportement de ces femmes, conséquences qui constituent les raisons de l'interdiction.                 

c) Eve s'est trompée certes: c'est une typologie. Il y a eu une Eve négative et une Eve positive: Marie, mère de Jésus.

Finalement avec la récréation du monde en Marie, la femme n'est plus une comme un être inférieur. Elle a mission de prêcher la Bonne Nouvelle, de prendre part à toutes les activités de l'église aux côtés des hommes. N'oublions surtout pas qu'elles sont les piliers de l'église et les hommes sont le toit. Qui est le  plus important? Ainsi je crois qu'avec la femme il ne faut pas maintenir le statut quo, c'est-à-dire une société patriarcale; il ne faut pas non plus prôner une révolution.
Ce qui doit guider et motiver le chrétien, c'est la personne de Jésus Christ. Il y a une tension entre deux éléments: la tradition c'est-à-dire les coutumes et les structures de la société d'une époque. La nouvelle liberté en Ga 3:28 est une liberté réelle; cependant ni les hommes ni les femmes ne doivent abuser de cette situation. Equilibrons la balance.
(à suivre)
Source: ESPERNANC No. 00-1997




[1] Voir PACHE, René, (sous-dir.), Nouveau Dictionnaire biblique, Saint-Légier, Emmaus, 1983, p.190